En présence d'un clown - Film (1997)

En présence d'un clown - Film (1997)

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Film de Ingmar Bergman Drame 1 h 59 min 1 novembre 1997

En présence d'un clown streaming VF

Qu'est-ce-que la mort ? Là où se croise le ridicule et le génie, le pathétique et la grandeur. La vie, l'art, l'amour de la vie, le vent et la mort. Un quelque chose qui sonne très Roger Gilbert-Lecomte, en un sens, mais qu'est-ce que la mort ?

En présence d'un clown est ce genre de film qui vous cloue, ce genre de film qui fait s'interroger en soi les deux voix de l'extrême, celle du spectateur, admiratif de ces lumières spectrales, de ces plans au plus près de la peau, où l'ombre d'un sourcil forme un lieu d'éveil, ou pis de ce tout dernier plan où la lumière de la fenêtre formerait comme l'onde d'un cercueil ; et celle de l'artisan, de l'artiste, du créateur, en somme et pour finalement mieux le dire : de l'homme, qui s'émerveille de ce que la folie, cette si petite pépite du cœur est une si belle manière de faire de l'art.

En présence de la mort. Rigmor la grande, son regard, la paralysie qu'appelle sa présence, dans l'œil de Schubert comme dans celle de Carl. Le voile qui se soulève et laisse, l'espace de quelques secondes, passer ce souvenir que sans la mort "vous n'avez rien, il faut payer" comme le disait Céline.

Je ne ferai pas d'analyse à la con, peut-être par flemme, ou plus justement pas peur, la peur de croire qu'une bêtise pourrait sortir de mes entrailles, dire trop et dire faussement. Mais quel message que ce film de Bergman ! Quelle justesse. L'impression d'y trouver quelques extraits des portraits de "Fols" de Brandt dans sa Nef des fous. Ces caractères trempés de ridicule et de véracité, cette profondeur dissimulée derrière des paravents d'enfance. La beauté d'un conte qui ne commencerait pas par "Il était une fois", ne se terminerait pas par "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant", mais porterait comme le vrai secret de l'âme. Ce secret scindé d'une confrérie de péteurs internationale à la connaissance de Swedenborg.

S'il existait des films capables de vous questionner, encore trois jours après l'avoir vu, quand, après une nuit d'éveil un peu rude, il vous semble apercevoir Rigmor passer une main délicate et un regard ému sur votre couche sombre. S'il existait des films susceptibles de relier cette idée que seuls le fou, l'enfant et l'ange peuvent faire s'animer l'art et le faire exister. S'il existait des films de ce type, ils auraient probablement la forme d'En présence d'un clown et seraient peut-être même signés de la main d'un Bergman.

Il y a chez tous les grands désespérés une certitude de vérité. Dans l'herbe qu'ils foulent, sous les élans d'un rayon de soleil, brille une présence torve. Le ciel sous lequel ils s'abîment et ouvrent l'horizon est un ciel du dessous, un ciel de dessous terre, un abysse dans l'air où il fait bon aimer, mais où le goût de la vie perd de sa saveur dès qu'un rêve est brûlé. On passe toujours d'une flamme à une autre, d'une flamme vacillante à une autre qui vacille, d'un baiser de tendresse à un baiser d'adieu. Un pas, un petit pas de rien, pour rejoindre de l'hiver à l'été, passion et désespoir. Claquemuré dans l'art, l'ivresse de la beauté dans une modernité qui oublie jusqu'à son propre nom. Fou ? "Suis-je fou ? ou seulement jaloux ? Je n'en sais rien mais j'ai souffert horriblement" disait Maupassant, doit-on souffrir horriblement ?