Le Cartel - Série (2003)

Le Cartel - Série (2003)

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Série de David Mills Drame 1 saison (terminée) NBC 45 min 2 février 2003

Diplômé de Stanford, Miguel Cadena est à la tête du cartel de la drogue que sa famille dirige depuis des générations. Un style de vie huppé qui cache trafic de drogue, machinations et autres intrigues.

Le Cartel streaming VF

Au Mexique, Miguel Cadena (Yancey Arias) rentre des Etats-Unis où il a fait ses études pour prendre la suite de ses oncles à la tête du cartel familial. Avec l'aide de son frère (le brutal Chato joué par Bobby Cannavale) et de sa femme la fidèle Marlene (Sheryl Lee), il devra rapidement saisir l'exercice difficile du narcotrafic : cartels rivaux, police, gouvernement mexicain, services secrets américains mais aussi dissensions internes à la famille. Parallèlement, l'agent de la DEA Delia Flores (Angela Avarado) tente de démanteler un réseau qui approvisionne les Etats-Unis en coke grâce à un ripou mexicain. Lorsque lors d'une rencontre, son partenaire est abattu et Flores tenue pour responsable. Elle sera mutée à Houston, loin des enquêtes d'infiltration qu'elle affectionne, et remisée dans un placard dont elle n'aura de cesse de vouloir sortir. Enfin, le Dr. Heywood Klein (Brian Benben), chirurgien et flambeur de son état est bien décidé à faire cesser le petit traffic de coke qu'il exerce avec un gang mexicain. C'est sans compter sur sa vamp' de femme qui compte bien se sucrer comme il faut en divorçant, forçant ainsi son futur ex-mari à se mettre en affaire avec Truck Thomas, un producteur plein d'esbroufe.

Un gâchis... "Kingpin" ("Le Cartel" en France) ou comment gâcher un bon concept en six leçons. Pourtant, l'idée d'un format aussi court (six épisodes de 45 minutes) aurait pu être bonne si on avait eu droit à un peu plus de rythme et d'originalité. La paire Spelling/Vincent (à l'origine de "Beverly Hills", "7 à la maison", "Melrose Place" et nombre de soaps pour le moins légers) n'aura cette fois pas su montrer son légendaire savoir-faire en matière de série efficace. A trop vouloir puiser dans les références du genre, la série se noie un peu. Du "Parrain", "Kingpin" a voulu reprendre les mécanismes familiaux, les intimidations et les trahisons, de "Traffic" l'ambiance de la DEA et les filtres de caméra. Ajoutez à cela un zest de "Donnie Brasco", un soupçon de "Scarface" et vous obtenez sur le papier LA série ultime, pour peu qu'on lui laisse le temps de se mettre en place. Et malheureusement, le temps, c'est ce qui a justement manqué. Du temps pour se mettre en place, du temps pour asseoir les personnages, du temps pour creuser les intrigues.

Ces dernières ont tendance à elles-mêmes se tirer une balle dans le pied. A chaque épisode de nouveaux éléments, pourtant intéressants, sont introduits mais abandonnés dès le suivant. Le scénariste a-t-il subi des pressions, la production a-t-elle vu ses budgets tronqués de manière drastique ou alors était-ce un exercice visant à prouver que Vincent et Spelling étaient capables d'autre chose que de la niaiserie ? Une chose est sure, ce qu'on peut découvrir sur nos écrans a trop d'ambition et pas assez de place pour s'exprimer. Et c'est bien dommage, il y avait de bonnes idées : la superstition "vaudou" des cousins de Miguel, Junie le tueur à gages chouchou de sa grand-mère, le charme froid et les qualités de terrain de Flores, le manque de courage de Klein, le coté tête brûlée de Chato, la relation Miguel/Marlene et surtout le panier de crabe mêlant narcotrafic et politique. Ce dernier point promettait de très bonnes choses, non exploitées faute de temps.

Du coup, on peut se demander l'intérêt de créer trois intrigues parallèles, chacune ayant pu donner lieu à sa propre série. A aucun moment, les histoires de la famille Cadena n'interfèrent avec celles de l'agent Fiores ou du Dr. Klein (et réciproquement) d'où une impression de fourre-tout, ou de pilote géant visant à vendre un concept plus important au public et aux chaînes. Rien qu'en ne se limitant qu'à la famille Cadena, "Kingpin" (le caïd en anglais) avait tout pour devenir une bonne série. Dommage, une fois encore.

Pour ne rien arranger, d'un point de vue réalisation, "Kingpin" laisse à désirer. Pourquoi avoir opté pour des fondus au noir pour conclure les scènes choc alors que des "cuts" auraient accentué l'effet recherché ? La caméra est mollassonne, même lors des rares scènes d'action où elle s'inspire des plans nerveux caméra à l'épaule de "The Shield". Heureusement, sur les derniers épisodes (donc forcément trop tard), la série trouve son rythme de croisière et une identité qui lui faisait défaut jusque là.

... qui se laisse regarder. Pour autant, la série n'est pas totalement dénuée de qualités. Les personnages finissent par être attachants au fil des épisodes, chacun dans leur genre. Si certains, hauts en couleur, ne feront que des apparitions éclaires mais remarquées comme Danny Trejo en beau-frère adepte de la magie noire, l'inquiétant Dr. French ou "Le Couillu", le cousin complètement déjanté de Miguel, les autres mettent un peu plus de temps à se faire adopter.

Miguel, avec sa gueule d'ange et ses costards sur mesure a l'air un peu coincé et anachronique dans cet univers de machos qui peinent à se mettre à la page. Mais peu à peu, à mesure qu'il s'enfonce dans les méandres du narcotrafic, on commence à sentir en lui les fêlures de celui qui a endossé un rôle qui n'était pas taillé pour lui. Sujet à des cauchemars et à des réminiscences de son passé de "boy scout", il vacille souvent mais surprend par ses prises de décision et son habileté à gérer les situations de crise. Sa relation quasi-fusionnelle avec sa femme Marlene (une Américaine, ce qui est loin d'être du goût de tous) et sa volonté de protéger à tout prix leur fils, apportent une part d'humanité à un personnage qui n'en manquait déjà pas. Intéressant aussi, le lien qui lie le mesuré et cérébral Miguel à son frère Chato, brutal et nerveux, encore plus quand celui-ci est ébranlé dans les derniers épisodes.

L'agent Flores aurait mérité un traitement plus approfondi. On sent bien qu'elle est habitée par des démons intérieurs autres que celui de la perte de son partenaire en mission. Son charme et sa dureté en font un personnage fort mais humain avec lequel on aurait aimé faire plus ample connaissance. Même chose pour Junie, ses kilos en trop et son sourire d'enfant opposés à sa froide détermination de tueur.

A l'heure actuelle, aucune suite n'est annoncée pour cette mini série, lauréate 2003 du meilleur casting aux Emmy Awards. Pourtant, les réalisateurs n'ont pas fermé la porte et un certain nombre de détails méritent encore d'être éclairés. Malgré tous les reproches qu'on peut formuler à son encontre "Kingpin / Le Cartel" arrive sur ses derniers épisodes à trouver une vraie identité, fondée sur son casting et le mélange d'ambiances entre les intrigues. Avec du temps, il y a fort à parier que la série aurait réussi à digérer ses références à s'imposer comme véritable produit télévisuel de qualité (avec David Mills, scénariste de "Urgences", "NYPD Blues"et "Homicide" aux manettes, c'eut été un comble qu'il n'en soit pas ainsi). Malheureusement, peut être sous la pression des associations latinos qui jugeaient qu'elle donnait une mauvaise image de leur communauté, la série a été tout bonnement annulée, laissant le téléspectateur avec le goût amer de l'inachevé et du regret dans la bouche.