PERSONA 5 the Animation - Anime (2016)

PERSONA 5 the Animation - Anime (2016)

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Anime de ATLUS Action, aventure et animation (terminée) Tokyo MX 25 min 3 septembre 2016

Au printemps de sa deuxième année de lycée, Ren Amamiya intègre le lycée Shûjin. Suite à un évènement étrange, la Persona de Ren s’éveille. Il fonde avec ses nouveaux compagnons l’organisation des « Voleurs Fantômes ». Ensemble, ils combattent et corrigent les cœurs corrompus et pervers des adultes. Mais bientôt, d’incontrôlables esprits se mettent à sévir à Tokyo. Tout en poursuivant tant bien que mal leur quotidien de lycéens, les Voleurs Fantômes entrent en scène après les cours pour affronter de nouveaux périls …

PERSONA 5 the Animation streaming VF

Attention : cette critique est basée sur les 4 premiers épisodes de l'anime, il n'en a été traduit que 5 à l'heure où j'écris ces lignes.

Ami lecteur, connais-tu les règles d'une bonne adaptation ?... Pour ma part, j'éprouve cette question, un peu avec les tripes, beaucoup par un raisonnement autodidacte, mais je ne l'ai pas étudiée dans un amphithéâtre ni dans des livres spécialisés. Mon opinion vaut donc ce qu'elle vaut.

Partons sur des bases communes : un jeu vidéo, c'est un média qui permet certaines choses. Avec une manette dans les mains, on éprouve un ensemble de moyens et de règles qui, ensemble, établissent notre champ des possibles. Ce champ des possibles, notre intérêt va s'y promener, et s'il est dirigé dans une direction qui nous plaît, alors l'expérience sera positive. L'amusement semble-t-il se diriger vers un joli chemin boisé ou un nid de vipères, là est la question. Voilà, c'est con comme la lune, c'est la porte ouverte au bazooka, mais ça nous met d'accord : un jeu n'est pas amusant par un heureux hasard, mais parce qu'il a compris ses règles, ses moyens, sa direction, et son public.

Ce qui est vrai pour un jeu ne l'est pas moins pour une série : l'objectif reste et demeure de diriger notre intérêt dans une direction qui nous plaise. Sauf que ce n'est pas parce qu'on garde le même objectif qu'on obtiendra le même résultat en faisant exactement la même chose. Les contraintes, les moyens et les libertés d'une série ne sont pas celles d'un jeu vidéo, même si les deux médias semblent bien décidés à se tirer la couverture depuis quelques années avec des oeuvres transgenres comme The Last of Us ou Code Geass R2.

S'il n'y a rien de plus irritant pour un joueur que de subir des dialogues ou des cinématiques interminables sans pouvoir utiliser sa manette, il n'est rien de plus irritant pour un spectateur que de ne pas pouvoir saisir la manette pour exploiter les mécaniques purement vidéoludiques qu'on lui lance à la figure. Des séries comme KonoSuba, DanMachi, Sword Art Online, Digimon ou Overlord en sont pleinement conscientes et exploitent donc leurs contenus inspirés des jeux vidéo en les adaptant au format série (pour pousser le vice un peu plus loin, on pourrait citer les jeux .Hack ou l'ironique jeu vidéo de SOA mais ce serait hors-sujet).

En définitive, vouloir retranscrire le plus fidèlement possible des mécaniques de jeu dans une série, sans les réécrire un minimum pour en extraire tout l'aspect mécanique ou en consacrer l'aspect surréaliste, c'est comme faire rentrer un rond dans un carré : même si le diamètre était égal à l'arête, il suffirait de regarder le résultat pour comprendre que quelque chose cloche. Tel est le piège grossier dans lequel tombe à corps perdu l'anime Persona 5, bien décidé à reprendre le jeu de base au pied de la lettre, sans rien y retoucher ou presque. De l'intrigue, réduite à son plus strict minimum, jusqu'au level design des Palaces en passant par tous les contenu du game system, on n'échappe à rien. Ce faisant, l'anime porte le brassard, l'étendard et la bannière de l'anime purement publicitaire.

Tous ceux qui y ont joué le savent : Persona 5 est l'un des jeux les plus bavards pour rien de l'histoire du jeu vidéo. Retranscrire l'intégralité des dialogues en un anime de 26 épisodes de 20 minutes était irréalisable, l'adaptation décide donc de les réduire à l'essentiel. Foin d'étalage sur des semaines et des semaines, de dialogues creux et de redites incessantes, vous avez 20 minutes montre en main par épisode pour condenser entre 3 et 6 heures de jeu. Et ironiquement, cette version certes épurée, mais aussi fidèle à l'extrême démontre que le scénario n'a jamais été exceptionnel. Il ne faisait que tourner en rond pour brasser du vent, alimentant ainsi les moulins à paroles qu'étaient nos héros ; des moulins que j'ai personnellement chargé, ce qui m'a valu d'être éjecté au plus loin possible de tout intérêt narratif. Hue, Rossinante.

L'intérêt ne se rattrapera même pas sur l'aspect technique : visuellement, ça n'a rien d'éblouissant, sauf si c'est éblouissant que d'être encore moins beau que le jeu de base, et le raccord avec le matériau se partage entre la fidélité maladive (comme le visage du policier qui passe le MC à tabac) et la trahison éhontée (cette ambiance grise et poisseuse alors que le jeu était pas mal flashy). Musicalement, pourquoi s'embêter quand on peut recycler l'OST du jeu de base dans un montage digne d'un AMV ; l'opening, quant à lui, remplit son office mais sans plus, j'en retiens plutôt son jeu de mots assez drôle (break in to break out, c'est bien trouvé). Les combats se gèrent au one-shot de Persona, sans usage des poings ni des armes, et même les boss en CGI (d'une qualité acceptable, faut bien l'admettre) reprennent à 100% leur déroulement dans le jeu. La tension et l'epicness, à quelques secondes près, sont les grands absents du "premier arc" de cette adaptation.

Jusque-là, soyons honnêtes, nous sommes devant une série qu'on peut regarder en temps de disette et en serrant les dents, mais qu'on déconseillera fermement à tous les joueurs de P5, qu'ils en soient défenseurs ou détracteurs. Si vous n'avez jamais touché au jeu, et que votre objectif n'est que de connaître l'intrigue du jeu sans y passer 120 heures et tout son délayage ridicule, alors ça peut faire l'affaire, mais je vous souhaite bon courage pour encaisser le premier épisode, rushé jusqu'au point de rupture. Néanmoins, même pour ce public, la série se traîne encore un énorme boulet aux pieds, la différence fondamentale entre Persona 4 et Persona 5 : autant P4 est une série qui s'était trompée de support, autant P5 est un jeu vidéo au sens fort. Et ça change beaucoup de choses.

Si je considère encore les animes de P4 et Disgaea comme deux des meilleures adaptations de jeu vidéo qui soient, ça n'a rien... ou disons très peu à voir avec mon affect pour leur format d'origine, ni avec la qualité intrinsèque du show (surtout dans le cas de Disgaea, car il fut mon premier contact avec la licence). C'est parce que ces séries ont fait l'effort de considérer leur source, en quoi ils sont adaptables, en quoi ils ne le sont pas, et de sélectionner le meilleur à garder et le pire à jeter. Même si les séries gardent pas mal de réserves et de défauts, c'est vraiment sur ce travail-là que je les porte aux nues. A contrario, je n'ai pas aimé l'anime Devil may Cry parce que OK, c'est super joli, et l'idée de voir le quotidien de Dante est intéressante, mais l'adaptation d'un beat'em all réputé nerveux ne peut pas se permettre d'être aussi mou. Vous pouvez aussi considérer l'affect des fans pour les animes Umineko et Higurashi. Citons aussi Devil Survivor 2 qui n'avait pas besoin d'un charcutage intensif pour être inadaptable par essence : sans unité de lieu et d'action, et avec pour thématique de "faire des choix" donc une série là-dessus ? Tu te fous de ma gueule ?!

Pour approfondir le cas P4, la série était aidée du fait que le jeu d'origine était déjà très passif en soi, dans son intrigue comme dans ses Social Links. Que ce soit d'attendre le prochain mouvement du tueur, d'aider nos "amis-outils" à dépasser leurs problèmes, ou d'assister aux introspections des personnages, dans tous les cas, les rails omniprésents réduisaient l'intervention du joueur à son plus strict minimum. De l'autre côté, le dungeon-crawler était tellement primaire dans sa réalisation et secondaire dans son importance qu'on pouvait très bien l'éjecter. Dès lors, l'adapter en anime n'avait rien d'aberrant, et pour ne rien gâter, l'anime s'est offert une très belle réappropriation des codes et des avantages du format série. Ça se voyait avec le protagoniste, écrit comme un personnage à part entière, mais aussi à travers les boss, qui n'avaient plus rien à voir avec ceux du jeu, mais qui faisaient sens avec l'intrigue. C'est cette audace qui m'avait fait tomber amoureux de cette adaptation dès le premier épisode.

Persona 5 ne fait rien de tout ça. Il a juste à coeur de jeter pêle-mêle un maximum du matériau sans révision, comme l'armurerie ou l'achat d'item, les négociations et les fusions, la All-Out Attack (que je propose de renommer "le cache-misère ultime") ou le pur Silent Hero. Et pourquoi ne fait-il pas cet effort de réécriture ? Tout simplement parce qu'il ne le peut pas. Car il s'agit, paradoxalement, d'un jeu où l'intervention du joueur est plus forte et concrète que dans P4, mais les chaînes qu'il lui met sont encore plus lourdes. Que ce soit dans les Palaces, leur design, leur déroulement, leurs énigmes, leurs obstacles, que ce soit dans les négociations avec les démons ou les futures incursions à Mementos pour avancer les Confidants, sans l'intervention quasi-divine du MC, rien ne peut aboutir. Oui, Persona 5 est un jeu vidéo, pas une série. Dès lors, tenter de l'adapter est déjà très casse-gueule, mais c'est encore pire de le faire sans idée ni panache avec les moyens du Binbogami (dieu japonais de la malchance et de la pauvreté), c'est juste hurler à la face du spectateur "t'as vu comment qu'il a l'air tout complet et complexe notre bô jeu, alors tu bouges tes fesses et tu vas l'acheter, pis vite !!!"

Car oui, de toute évidence, là est la seule raison d'être de Persona 5 The Animation : empêcher de crever dans l'attente de son prochain spin-off un jeu déjà vendu par palettes à travers le monde. On est là pour raviver les ventes d'un jeu qui a déjà un an et qui commence à se faire oublier, pas plus. En cela, il se distingue de Persona 4 The Animation qui avait réussi, en dépit d'un développement calamiteux, à apporter une vraie valeur ajoutée à l'édifice P4.

Après avoir été, à mes yeux, un échec en tant que jeu vidéo en raison d'une condescendance narrative étouffante et d'un manque cruel d'audace à l'égard d'une formule qui a déjà dix ans mine de rien, Persona 5 échoue tout autant en tant que série en se contentant de tout miser sur le capital sympathie du public qui sera ravi, pour citer Xeldar, de "se rappeler de bons souvenirs du jeu". Pas question d'envisager le format passif comme une nouvelle chance ni comme une mise au propre de quoi que ce soit. Persona 5, on n'aura décidément jamais été fait pour se plaire, toi et moi, quant à ta The Animation, anime publicitaire elle est, anime publicitaire elle restera...