Les Grands Mythes - Émission TV (2016)

Les Grands Mythes - Émission TV (2016)

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Émission TV de François Busnel Documentaire, historique et mini-série 1 saison (terminée) Arte 25 min 1 octobre 2016

Initiateur de la série, François Busnel raconte lui-même en voix off, avec passion et précision, et en se fondant sur les textes les plus anciens, les destins de Zeus, Thésée, Aphrodite ou Orphée, ces mythes dont la force poétique et la portée universelle ont nourri l’imaginaire des artistes au fil des siècles. À l'image, les chefs-d’œuvre de Botticelli, Picasso, Goya ou Klimt rencontrent des silhouettes animées, inspirées des vases de la Grèce antique : un dispositif inédit pour une exploration captivante de la mythologie grecque et de ses récits originels.

Les Grands Mythes streaming VF

Souvent, je cuisine en écoutant des émissions d'Arte (merci la super appli Arte 7). L'autre jour, je suis tombée sur Aphrodite et Apollon, et j'ai posé l'i-Pad dans un coin pour écouter des histoires : Les Grands Mythes, une série documentaire en vingt épisodes qui raconte ben... les grands mythes !

Et ces vingt courts-métrages documentaires sont particulièrement adaptés pour être seulement écoutés. Forcément, François Busnel (La Grande Librairie), conteur de la série a une voix, des intonations, une élocution parfaites. On pourrait l’écouter raconter ses histoires pendant des heures. Quel dommage que tous les professeurs d’histoire ne soient pas si passionnants !

Outre son talent de conteur, le monsieur est également à l’origine de cette série documentaire qu’il a voulu solidement historique et intensément réaliste : « J’ai voulu décaper les mythes grecs. Ôter les multiples couches de vernis (politique, philosophique ou artistique) que les siècles ont déposé sur ces récits. Cette série propose de raconter les mythes tels que les Grecs du Vème siècle avant J.-C. se les racontaient. »

Pour réussir à décaper ces mythes vieux de plusieurs siècles, il a fallu aller fouiller dans des écrits très très anciens. En même temps, pour parler de mythologie grecque, il faut avoir lu ses classiques, commencer avec le célèbre Homère, voyager chez Ovide ou Eschyle, relire aussi l’histoire des Argonautes chez Apollonios de Rhodes (mes années de cours de latin et de lettres classiques me servent finalement !). Les sources ne manquent pas, et le courage de se plonger dedans n’a pas non plus manqué au vaillant passionné qu’est François Busnel.

Merci à lui d’avoir compulsé, trié, organisé et résumé en vingt épisodes de moins de trente minutes une si grande part d’Histoire. Parce que oui, ces mythes fondateurs sont une part de notre Histoire. La religion que tant pratiquent aujourd’hui en France, en Europe et dans le monde trouve ses sources dans les grand mythes grecs. Les histoires et les contes sont aussi souvent inspirés des merveilles inventées et racontées il y a plus de deux-mille ans ! Et que dire de l’art ? Combien de peintres, sculpteurs, compositeurs, cinéastes et auteurs se sont inspirés, ont puisés sans relâche dans ces histoires antiques ?

Sauf que, comme le dit Busnel, siècle après siècle, les histoires ont été lissées, édulcorées, transformées pour passer sur grand écran, pour présenter des héros comme on aime à les voir, justes, courageux et vaillant. Ainsi, Dionysos est devenu un gai luron qui aime boire et faire la fête, Zeus un homme à femme un peu infidèle, Aphrodite une beauté ravageuse, Thésée le héros qui a su terrasser le Minotaure, etc.

Alors il était temps que quelqu’un prenne la responsabilité de dépoussiérer tout ça, de nous offrir une vision réaliste de ces mythe qui ont été « vidés de leur violence, de leur âpreté, de leur noirceur, de cette culture primitive et souterraine qui les caractérisaient, mais surtout de la liberté de pensée qu’ils proposaient ». Il était temps qu’on nous raconte les vraies histoires.

Et c’est ce que fait cette série en nous exposant les mythes grecs originels dans toute leur dualité, leur ambivalence, leur complexité. Elle nous montre que les dieux protégeaient autant qu’ils punissaient, qu’ils étaient sages autant qu’ils étaient soumis aux mêmes tentations, aux mêmes faiblesse que les hommes qu’ils s’autorisaient à juger. Elle nous exprime la violence des sentiments de ces dieux, capables du meilleur comme du pire, capable d’un amour plus intense que n’importe quel homme, mais capable aussi d’une violence sans pitié. Elle nous raconte comment les hommes ont amplifié démesurément leur capacités, leur défauts et leurs qualités, pour les injecter dans des personnages mythiques qui pouvaient tout réaliser, tout oser.

Et une fois arrivé au bout de ces vingt épisodes, on regrette tellement qu’il n’y en ai pas quarante, soixante, ou même plus encore. J’espère d’ailleurs que la série ne s’arrêtera pas là, soit que l’auteur aura l’idée de proposer une suite (la mythologie grecque est tellement vaste qu’il y a encore un milliard de choses à raconter), soit qu’il s’attaquera par exemple à d’autres mythologies (l’Égypte !). Qu’on nous raconte tous les mythes, qu’on dessine tout sous nos yeux ébahis !

Parce qu’évidemment, les vidéos s’écoutent facilement quand on fait la cuisine, mais le plaisir est décuplé quand on les regarde ! La voix qui raconte est certes envoûtante, mais les images n’en sont pas moins incroyables. La rencontre entre les simples ombres noires illustrées en deux dimensions et des œuvres d’art aussi variées dans leur style que leur époque ou leur technique est tout simplement parfaite. On croise des tableaux de Botticelli et des restes de vases grecs, des dessins de Picasso et des sculptures antiques, des fresques gravées dans la pierre de monuments presque anéantis. On voyage à travers le temps, à la poursuite de ces silhouettes à la simplicité géométrique qui se mêle à des œuvres majeures qui, à toutes les époques, se sont inspirées de ces grands mythes si passionnants.

Busnel explique sa démarche artistique en disant qu’il avait « envie d’entremêler une animation en silhouette (réalisée en 2D et créée spécialement pour la série) avec un choix d’œuvres d’art (depuis les somptueux vases grecs jusqu’aux chefs-d’œuvre de l’époque moderne en passant par les prodiges de la Renaissance ou les dessins des Lumières). »

Il dit également aimer « l’idée de faire dialoguer les œuvres entre elles. Les parallèles surprenants, le choc des époques, les rapprochements transhistoriques : voilà ce qui tient la curiosité en éveil. »

Et c’est vrai qu’il tient notre curiosité en éveil, comme on aimerait que chaque instituteur, professeur, conteur, le fasse. Parce qu’être curieux c’est assez naturel, mais réussir à entretenir cette curiosité l’est beaucoup moins, et c’est un véritable talent. L’aspect pédagogique simple et sans prétention de cette série est aussi ce qui fait son charme et sa réussite. Et parce qu’on peut la regarder quand on est un grand qui veut se plonger ou se replonger dans la mythologie, et quand on est un gosse qui veut découvrir des histoires à dormir debout, elle touche à la perfection !

À lire aussi, avec plein d'autres, sur : http://www.demain-les-gobelins.com/les-grands-mythes/